Amiante : Interview de Yann Chevalier – Directeur général de LogiEst

Directeur général de LogiEst, acteur majeur du logement social en Alsace et en Lorraine, Yann Chevalier est également membre de lAssociation Nationale des Directeurs dESH. Dans cet entretien, il nous donne son point de vue sur le thème de lamiante, sa gestion par les acteurs du logement social et son impact sur la stratégie des ESH.

 Kurt Salmon : Dans le cadre de l’Association Nationale des Directeurs d’ESH, vous avez récemment animé un forum sur le thème de l’amiante. Quel est le niveau de mobilisation des ESH sur cette problématique ?

Yann Chevalier : Dans le cadre du forum, nous avons réalisé un sondage pour préciser le niveau de mobilisation des ESH sur ce thème et plusieurs chiffres témoignent de l’importance qu’accordent les dirigeants à cet enjeu. 60% considèrent en effet que c’est un axe important de leur stratégie. Ces bailleurs ont mesuré les impacts de l’amiante, notamment dans le cadre de leur Plan Stratégique de Patrimoine. Parmi ceux qui n’ont pas encore intégré ces impacts, tous envisagent de le faire. L’amiante constitue ainsi une problématique d’actualité qui mobilise réellement les dirigeants d’ESH.

Quatre points sont prioritairement identifiés par le panel :

  • les travaux d’état des lieux ou d’entretien courant,
  • la création et la mise à jour de documents réglementaires,
  • les opérations de rénovation,
  • la formation des collaborateurs.

Enfin, la majorité des dirigeants d’ESH estime que la problématique de l’amiante est une contrainte sur le long terme qui ne sera toujours pas traitée dans son intégralité d’ici 10 ans mais à laquelle il faut s’intéresser dès à présent avec attention.

Kurt Salmon : En quoi selon vous, l’amiante impacte la stratégie des organismes ?

Yann Chevalier : Cette problématique, selon moi, nous concerne à trois niveaux, qui sont aussi trois de nos responsabilités :

  • En tant que maître d’ouvrage, nous devons en effet nous assurer que les prestataires qui travaillent dans nos immeubles connaissent leurs caractéristiques en matière de présence d’amiante et ont donc un comportement approprié (process adaptés, formation de leurs salariés, sélection de leurs éventuels sous-traitants …). Nous nous devons aussi de leur apporter (ou de leur permettre d’accéder) toutes les informations relatives au risque amiante pour leur permettre de réaliser leur(s) interventions(s).
  • En tant que bailleur, dans la mesure où nous avons signé un contrat avec les locataires. Nous avons envers eux un devoir d’information et de sensibilisation : informer sur les mesures de protection prises en cas de travaux dans leur logement ou leur résidence, et sensibiliser sur les précautions à prendre s’ils souhaitent réaliser des petits travaux chez eux. Il nous faut aussi tenir à leur connaissance les dossiers techniques que nous avons.
  • En tant qu’employeur vis-à-vis des collaborateurs participant à l’entretien et à la vie de l’immeuble. Il faut s’assurer qu’ils n’évoluent pas dans un milieu potentiellement dangereux pour leur santé. Afin de ne pas les exposer, il est notamment nécessaire de réaliser des « cartographies amiante » pour déterminer le risque d’intervention mais aussi de mettre en place des formations. A charge pour chaque ESH de choisir entre le « faire » avec les précautions internes qui s’imposent (process, formations, Equipements de Protection Individuelle, …) ou le « faire réaliser », avec là l’obligation de surveillance de bonne mise en œuvre des obligations par le prestataire extérieur.

Parallèlement, au vu du nombre de logements sociaux encore amiantés à l’heure actuelle (environ 3 millions), il y a une réelle attente des pouvoirs publics en termes de réhabilitations et de qualité de service. C’est donc un axe stratégique qui doit être traité avec importance du fait des acteurs impliqués et de son impact financier majeur.

Kurt Salmon : Pour LogiEst, où en êtes-vous dans vos démarches ? Quelle politique développez-vous ?

Yann Chevalier : Pour le moment, nous avons bien sûr effectué nos diagnostics (DTA, DAPP) et faisons désormais systématiquement les repérages amiante avant travaux. Cela a inévitablement eu un impact sur notre système d’information car, déjà, plus de 10 000 fiches amiante de parties communes ont été créées (DTA et DAPP). Nous sommes donc en train de développer nos outils informatiques pour gérer cette masse d’information, permettre leur mise à jour en temps réel, et organiser leur mise à disposition auprès des entreprises travaillant pour notre compte.

Nous avons aussi  fait le choix de ne pas exposer nos collaborateurs aux éléments contenant de l’amiante. Un certain nombre de restrictions ont donc été édictées, ce qui, à terme, aura un impact sur nos emplois (nombre, qualifications,…).

Outre ces diagnostics, nous nous interrogeons sur notre stratégie d’intervention en cas de présence d’amiante : faut-il désamianter totalement ou traiter de manière progressive ? Il est légitime de se poser la question … En effet, il est délicat de connaître le coût global à moyen-long terme des travaux en cas de conservation de logements amiantés, car il peut impliquer différentes dépenses inhérentes à cette contrainte : la perte d’exploitation liée à la vacance durant les diagnostics et travaux, le surcoût de la remise en état des logements lors des rotations successives ou la formation des collaborateurs confrontés aux risques.

Par conséquent, réaliser une opération définitive de désamiantage constitue un réel investissement mais il doit être comparé au total des charges ponctuelles liées au traitement progressif de l’amiante.

Cette problématique est véritablement d’actualité et il est primordial de l’intégrer dans la stratégie, et l’analyse financière prévisionnelle d’une société comme la nôtre.

Propos recueillis par Arthur Manipoud

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