Vers la fin du management ?

Dans le cadre du dernier congrès HLM, Wavestone a organisé des mini-conférences sur des thématiques variées. Nous revenons cette semaine sur la mini-conférence animée par Pascal Sanchez, Directeur au sein de l’équipe Immobilier chez Wavestone, sur une nouvelle forme de management : l’holacratie…

 

Un paradoxe traverse nos sociétés : nous sommes plongés dans une société de l’innovation et les 100 dernières années ont enregistré des développements techniques à une vitesse stupéfiante. Pourtant, un domaine semble se tenir à l’écart des grandes transformations : le management.

Nos formes dominantes de management sont, en effet, historiquement datées. Elles correspondent à l’ère de la grande entreprise, à l’organisation taylorienne du travail. Avant cette révolution, on ne parlait pas de management, au mieux d’administration du personnel. Le management est né de la nécessité d’exercer un contrôle sur le travail que l’on s’est appliqué à appauvrir. Nous sommes les héritiers de cette conception du management.

Le problème c’est, bien évidemment, que le monde a changé et cette façon de concevoir le travail par laquelle nous pensons encore le management a épuisé ses effets. Les ressorts motivationnels – l’argent, le statut, les signes extérieurs du pouvoir, la hiérarchie verticale comme signe des lendemains qui chantent, la promotion sociale tout au long de l’échelle – apparaissent au mieux comme des fictions inutiles, au pire comme une stérilisation de la créativité et du désir de liberté.

Le travail est logiquement vécu dans ce cadre comme une pathologie.  Près d’un salarié sur deux se dit démotivé, désenchanté.  Nous pressentons bien que cet écart, devenu abyssal, n’est plus possible et qu’il nous faut ré-enchanter le travail, ou tout au moins, le rendre compatible avec nos évolutions sociétales.

Ce ré-enchantement impacte fortement, frontalement, la fonction managériale. Elle passe par la promotion de trois idées majeures : auto-motivation, auto-organisation et  auto-nomie.  Holacratie est le terme à la mode qui décrit cette tendance : fin de la séparation entre tâches de direction et d’exécution, fort rétrécissement de la ligne hiérarchique, confiance et transparence dans le partage de l’information, suppression des statuts et des différences.  Ses effets les plus marquants : suppression de l’encadrement intermédiaire, suppression du comité de direction, allègement important des fonctions supports, remise en cause de la culture du reporting, confiance absolue en la capacité des groupes à s’autoréguler, et politique de rémunération revue fondamentalement.  De nombreuses entreprises symbolisent cette révolution managériale, et elles ne sont pas seulement des entreprises de service : Goretex, Google, Chronoflex, Favi, Whole Foods, …

Assistons-nous à un effet de mode ?  Oui s’il s’agit d’appliquer mécaniquement les recettes apparemment miraculeuses de l’holacratie. Non s’il s’agit désormais d’apprendre à travailler sans modèle général d’organisation et de management s’appliquant à tous et ce quel que soit le contexte. Nous assistons en fait à une formidable recomposition du management avec moins de discours managériaux et plus de managers porteurs de qualités propres : modeste, charismatique, tenace, ouvert et courageux.

 

Article rédigé par Pascal Sanchez, Directeur au sein de la practice Immobilier chez Wavestone

Leave a Comment